Artiste plasticien multimédia, art-vidéo et images numériques
Présence d'images sur la scène des spectacles vivants

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décembre 2015

Un beau cadeau de noël : l'article de JP Fargier dans le magazine turbulences vidéo sur mon expo à la friche de la belle de mai pour les instants vidéo de Marseille :
Enfin, une vraie installation, un dispositif, plusieurs écrans : À l’ombre des jeunes guerres en fleurs, signée Michel Coste (que l’on a plaisir a retrouver). Devant un très grand écran : un pot de fleurs posé sur
un socle, pot sur lequel s’agitent des images de guerre. L’ombre du bouquet est projetée sur l’écran, une animation fait éclore en lieu et place de chaque fleur des images violentes, explosions, chars, blessés.
C’est simple comme bonjour (mais qui dit encore bonjour ?). C’est fort, à la fois percutant et poétique, pas seulement parce qu’il s’agit de guerres et de fleurs. Parce que la rhétorique des images s’épanouit ici électroniquement comme au plus beau temps des débuts de l’art vidéo, façon Paik pour tout dire.
 
   

MICHEL COSTE : LA POETIQUE DE LA TRAME
Si je vous dis : COSTE Michel, vit à Clermont-Ferrand. 
Aurez- vous la moindre envie de découvrir l'univers de ce photographe- vidéaste-bricoleur magnétique d'installations?
Loin des chapelles parisianismes et des courants versatiles, il mène son chemin création ''solitaire provincial'' avec les avantages et inconvénients d'une telle qualité. Hors ''courants'' et largement sollicité pour des commandes publiques variées dans sa région. Alors, l'ascension d'une coqueluche, une future star du vidéo-art ? Quelque chose de plus subtil et de plus simple à la fois.
Sous des apparences réservées, Michel Coste est un volcan en éruption permanente d'idées, de projets fantasques, de défis étranges. Mais ce qui fait sa force et sa singularité dans le ghetto de l'art contemporain comme il le nomme lui-même, c'est qu'il n'oublie jamais dans l'acte créatif, l'envie de communiquer, un plaisir, une sensation, un clin doeil. Lors de Vidéo Pop Combo à Rennes en mars l'an dernier, son installation ''/e Rêve du prisonnier -une image chorégraphique tournée en plan fixe par une caméra positionnée au plafond, trouvait dans sa projection sur un mur, une impression de relief fascinante. Au lieu de provoquer cet ''aquoibonisme'' qu'inspire souvent la répétitivité, ''le Rêve du prisonnier'' dégage un magnétisme, une sensation de suspension que l'on s'étonne de voir partagée par ses voisins, subitement et bizarrement complices. A la différence d'un art ''purement conceptuel'' qui ne saurait créer que des résonances intellectuelles, Michel Coste ''habille'' ses idées de correspondances émotionnelles qui permettent à ses spectateurs de trouver leur approche personnelle.
En fait dans les manipulations technologiques les plussophistiquées, il garde une âme d'artisan au sens noble du terme :
''l'image vidéo est une matière que l'on peut travailler comme la pierre et le bois''
De son parcours où la pratique photographique s'est entremêlée avec des activités théâtrales, il a gardé un sens du ''spectacle'' qui inspire la plupart de ses monobandes. La matière, Informe, la couleur, les corps, le mouvement, inspirent des vidéo-chorégraphies comme Traces, Terre d'ombre, Encres marines ou Chronique de l'arc-en-ciel.
On a d'offrir à Michel Coste enfant une panoplie du parfait petit alchimiste. Il y a ajouté sa part de rêve et le sens du bricolage des effets tiques créateurs d'illusions. Pour rendre ''Hommage à Paik  il conçoit un dispositif de filmage en direct d'un poisson rouge dans un bocal sur fond d'image d'eau de rivière. Toujours des désirs de liberté qui peuvent même par bouffée le faire fulminer parfois : " l'art vidéo doit demeurer proche des gens avec des multiples lectures possibles pour flancher un véritable plaisir esthétique et sensuel" Réhabilitons les notions de plaisir, d'humour et d'amour, même si le "marché " les ignore encore si souvent'.
Si vous vous retrouvez dans ce désir ...
Didier Husson Caméra Vidéo n° 60 Avril 1993.

LE THEATRE DE GESTE DE MICHEL COSTE
Il existe un artiste en France qui se donne à la vidéo ''corps et âme''. C'est
Michel COSTE.
M. C.
Mouvement et Corps,
Matière et Caresse.
Musique et Correspondances.
Il passe son temps, en foliaire, à graver sur la surface immatérielle d'une
toile électronique des corps qui ne font que passer, soutenant le rapport de leur
improbable présence.
- ils allaient, jalousaient vent, immobiles, la présence
Qui pourtant ne vient pas
Qui pourtant n'est jamais venue
D'où pouvant vient tout avenir
Où pourtant s'efface tout présent
- ''Par où passe le chemin ?
- Par votre corps confié, parcouru en ce dernier parcours''.
L'affront de la présence. Affrontés d'espace et de présence.
(Maurice BLANCHOT - L'attente, l'oubli).
J'avais invité Michel Coste en octobre 90 aux INSTANTS VIDEO de
Manosque pour créer une installation : Mémoire de l'eau .
''On dit qu'une rivière a un lit
Dans un lit, il y a des draps
Ces draps sont lavés
Dans l'eau de la rivière
Et s'ils avaient gardé en mémoire
Tout ce que l'eau leur a apporté''
Plusieurs draps étaient étendus sur le sol de façon à ce qu'ils constituent une idée de rivière. Ils étaient maintenus par des galets (chez Coste, l'eau est toujours retenue pour devenir mémoire électrique. L'image est hydraulique).
Au dessus de chacun d'eux un dispositif vidéo leur envoie une image de
rivière comme s'ils étaient des écrans.
Imperceptiblement sur les draps ainsi caressés apparaissent des corps
féminins, dénudés. Ondes et songes. Des corps comme des indices. Corps
insaisissables. Entrevus. Corps désarmés, fragiles, mortels, anonymes, étranges plus qu'étrangers. Formes-traces. Formes mélodiques qui ne se définissent que dans un espace qui cerne étroitement le corps. Corps-eau. Danse issue de ce que LABAN désignait comme une science de l'harmonie ou ''choréotique''.
Chez Michel Coste toute matière a une mémoire : la forêt et la rivière de TERRE D'OMBRE ; le sable des MAUVAISES VOIX (ES) caressé de traces électroniques bleues ; les sculptures, en train de se faire sous les yeux des badauds citadins de SCULPTEURS EN DIRECT, qui se souviennent de leur état premier, de la matière première qu'elles furent, roche brute.
C'est ainsi que sa pensée sur le monde prend consistance.
''Méditer sans trace, écrivait Mallarmé, me rend évanescent''.
La démarche costienne mène parfois à prendre le signe au pied de la lettre, si j'ose dire. Graver pour aggraver. Dans J'IRAI GRAVER SUR VOS TOMBES un artisan, Jean-claude Saurel, dit ''Le Diable'' grave des signes (date, visage ...) dans le marbre des tombes pour inscrire à jamais le souvenir des morts dans notre mémoire. Ces derniers ne se le laissent pas dire deux fois. Ils resurgissent en costume noir, macabres, livides, de leur lit éternel. Le retour du mort le ''spectrum'' barthien. Le pire conjuré.
En effet, chez Coste, le pire c'est cette déréglementation du temps convenu. Le temps est une matière comme une autre qui nous travaille et qui se travaille. Le temps réel est sans cesse mis en défaut par le temps capturé par l'homme.
Michel Coste élabora à ce sujet un monument électronique : WATCH,
La nature frissonne. Feuilles, branches, gouttes d'eau sont régies, mouvementées perdes logiques naturelles : vent, dénivellation, attraction terrestre. Au temps sauvage Coste donne une forme repérable : le cercle, fractionné de douze moniteurs vidéo, de la montre. Montrer le temps c'est l'aiguiller vers la mémoire. C'est lui donner une membrane, une peau. Un corps. Un espace de transaction entre un hypothétique état de nature, avant l'humanité, primaire, brut et un ordre, une codification, une culture. Un sens.
Toujours chez Coste, le corps n'est jamais offert libéré des entraves de sa gestation. Il est accouché. Il émerge de sa préhistoire. Avant d'être humanisé il est géologique. Il intervient dans le champ de notre regard maculé, arraché de la matière primordiale qui lui est prêtée, l'eau, la boue (Chronique de l'Arc en Ciel), la roche, comme si le corps- signe (Oh, belle utopie) se souvenait soudain de quoi il était le signe. Le signe cherche le cri primai. Celui-ci ne peut être que silence.
La vidéo de Michel Coste est un théâtre de geste. Un univers de signes électroniques tracés.
Marc Mercier -Marseille 2juin 1993

COSTE Toujours,Tu m'intéresses
De tous les vidéastes français qui font des installations, Michel Coste est à coup sur le plus prolifique. En moins de dix ans il a conçu et mis au monde de ses mains près de vingt sculptures vidéo. Il boulonne, il dépend, charcute, colle, cloue, peint, polit, caoutchoute. Menuisier, ferronnier, mécano, horloger : travail de force, travail de précision, Coste est un polytechnicien.
Pour montrer des images, il faut d'abord les monter au sens le plus physique du terme : les soulever, les hisser, et quand elles reposent dans des écrins de fer, de bois, de bakélite, bref dans ce qu'on appelle des moniteurs, ce n'est pas très facile de les manipuler en l'air. Il faut du muscle, du doigté, lestas de l'équilibre. Coste a tout cela. Et à revendre. Dans une expo collective quand il a fini son bidule, trois heures avant le vernissage, on le voit toujours fignoler le machin des copains.
On comprend pourquoi les installations vidéo de Michel Coste semblent si aériennes, aérées. Elles flottent souvent, s'envolent quelquefois, toujours gravitent hors de la pesanteur. Et du coup les images qu'elles transportent ont l'air d'appartenir à une autre planète. Ce ne sont plus des oiseaux, de l'eau, des femmes, des fleurs, des couteaux, des textes, des montagnes, des yeux ou des cieux, mais des chemins sans fin, des croisements obliques, des moment circulaires, des plis vertigineux.
Coste peut envoyer n'importe quoi dans l'espace. Il a les vaisseaux faits pour et dans chacun votre place est prévue, à droite du pilote. Il vous embarque, l'animal, et vous vous retrouvez vite dans les étoiles. Comme chez Disney. Secousses garanties.
Michel Coste a su faire d'un art réputé élitiste, un spectacle attirant. Si ses installations vidéo sont si demandées - au point qu'il figure en tête du top 50 des artistes français les plus exposés - la raison en est là : le public s'y retrouve, peut prendre les commandes, le voyage accompli est avant tout le sien. Il dit merci, bravo. L'amateur d'art aussi apprécie le parcours. Il sait que le circuit recèle des finesses, des virages parfaits, des coupes réfléchies, des changements de vitesse remarquablement négociés, des transparentes somptueuses aux couleurs mémorables, des clins d'œil à l'Histoire, des dramaturgies instantanées.
L'art de Coste ? Parler en temps de guerre un langage de paix. La langue des images simultanées, servies chaudes aussitôt que taillées dans le vif de la réalité. Coste la module à l'envers, plus vite ou plus lentement, affaire de stratégie. Et surtout en silence, Alors chut ... écoutons ! N'entendez-vous pas, mes yeux, le bruit paisible des électrons ?

J.P. Fargier - Juillet 93 (critique Art press.)